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Publié le dimanche 02 avril 2017 à 14:10

J’ai découvert Félix Barthélémy Bouque alias « Barmy » aux archives de l’Hérault en 1993 alors que je préparais ma thèse d’Histoire à la faculté de Montpelier. Originaire de Montpellier, sa famille s’installe en Avignon où son père Jean Frédéric Pierre est négociant en sumac et en garance sur la place des Grands Carmes. Il voit le jour dans la maison familiale le 28 août 1821 de Marie Suzanne Perrier qui donnera également naissance à un frère et une sœur. Après des études au petit séminaire il est ordonné prêtre et devient vicaire d’Isles Sur La Sorgues puis de Cavaillon. Il cesse toute activité le 1 juin 1851.

Je le retrouve officier de santé le 12 mai 1853 à Saint-Guilhem-Le-Désert, dans le même temps il est inscrit en doctorat de Médecine à la faculté de Montpellier. En septembre 1854 il soigne du choléra jour et nuit, dans sa maison, la population du village qui est touchée après celle d’Aniane. Il acquiert le 24 novembre 1854 la mairie actuelle dans laquelle il soignait peut-être déjà…

A partir de 1855 il est reconnu comme vaccinateur antivariolique. Il assumera sa vocation, à pied et à cheval, jusqu’à son décès.

Dans le même temps il s’implique en politique auprès du maire Bonapartiste Fulcrand Desfours de la paroisse Saint Laurent (quartier bas), comme secrétaire de mairie, en opposition aux Royalistes de la paroisse Saint Barthélémy (quartier haut). Cet engagement va l’amener à être choisi par le Préfet Lisbonne le 29 septembre 1870 comme Commissaire Spécial (maire) lors du rétablissement de la République. Il le reste jusqu’au 17 avril 1871 et il est battu lors des élections par les Royalistes « du haut » d’André Ranquier.

Son implication politique et la découverte de sa véritable identité comme ancien vicaire, sous le nom de Bouque et non de Barmy (qu’il utilise depuis son arrivée dans le village), le poussent à s’exiler à Aniane de 1878 à 1888 en tant que médecin des pauvres. A l’hiver 1889 une grande épidémie de variole dans la population ouvrière, qui construit le barrage et le canal d’irrigation sur le fleuve Hérault, le ramène au village. Il vaccine plus de 600 personnes et il recevra pour cela la médaille d’argent du ministère de la santé. (Bilan 6 décès).

Barmy est un érudit. Il est l’auteur d’une « Vie de Saint Guilhem » en 1862 et se fait le défenseur des Langues Romanes en organisant plusieurs Félibrées (fêtes occitanes) dans sa maison en 1894 et 1898. Elles réunissent de nombreux amoureux de l’art roman autour de l’abbé Cassan.

Barmy n’est toujours pas marié. Ainsi est-il accompagné, au moins depuis 1856, de son frère et de la domestique familiale Suzanne Tourniaire, âgée de 50 ans,  car sa mère est morte le 23 août 1854. A partir de 1866 Marguerite Rigal, âgée de 46 ans,  est sa nouvelle domestique et le restera jusqu’à 1888, année de son décès. Elle est enterrée dans le caveau personnel de Barmy. Le 22 novembre 1894, Il se marie à Saint-Jean-De-Fos, avec Félicité Marie Larguèze, sa cadette de 39 ans, qui le soignera jusqu’à la fin. La mort qu’il avait tant combattu le rattrape dans sa maison le 15 mai 1902 à trois heures du matin, laissant sa veuve comme unique héritière. Dans son testament il lui conseille de faire servir un déjeuner chez M. Rambié, restaurateur du quartier bas.

Barmy est le premier à être enterré civilement dans le village, le 16 mai 1902, dans une concession perpétuelle, avec sa domestique dévouée Marguerite Rigal.

Sa veuve les rejoint le 10 juillet 1943 ; enterrement civil par refus du curé. Elle avait vendu la maison à la municipalité qui y installe ses bureaux et l’école.

 

Maltraité dans la mémoire collective au début du XXI°, sa tombe est laissée à l’abandon bien qu’il fût le maire de la commune. Mon intérêt pour Barmy allant jusqu’à la réfection de son caveau, me vaudra d’être poursuivi par les « politiques locaux bien pensants » et le surnom de Barmy.

Mon restaurant porte en héritage le nom du docteur humaniste le plus important pour notre village au XIX° siècle.

Construisons l’humanité par des moyens d’humanité.

Persiste et signe je m’appelle Gilles Nicaise, historien, alias Barmy, votre hôte.

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